Mots-nambules


Entre soi
Entre soi
suivi de Douce et secrète

Date de parution : Septembre 2013
ISBN : 9782916329567
12 x 20 cm
Broché
128 pages
10 €


Sylvain Coher livre dans Entre soi, en soixante-quatre cases, plus un bis, « cet objet incasable que [l'on tient] ferme avant l'incipit du précipice », tentative pour arriver à dire avec les mots qui fuient : un poème.
Poème-partition dans lequel s'entendent en permanence plusieurs textes entrelacés que construisent les glissements de sens, de sons, de lettres (on pense au Tardieu d'Un mot pour un autre, ou aux traductions phonétiques de Queneau) : « Ta perception est simultanée, cela te trouble. Pour chaque chose ressentie tu perçois une sensation supplémentaire à celle que tu percevais normalement (…) Toi, tu ne sais plus d'où on parle.»
Le rythme oppressé et oppressant des phrases, souvent nominales, les jeux avec l'arbitraire saussurien du signe, les dérives douloureuses à la recherche de « quelque chose de tangible sur lequel prendre appui, drossée sur tes pointes ballerines » ouvre sur l'abîme du langage.
Dialogue entre soi, avec un Autre, féminin, blessé – de son sexe, de son corps, de sa langue. De sa langue surtout. Polysémique ou absente, détournée, imparfaite. Alors tout y passe : jeux de mots, contournements, lapsus, faux sens, syntagmes improbables, babil interminable qui cherche ses mots, des mots. Dans l'absence d'un référent qui permettrait de fixer les choses, les êtres, les sexes, les sens. Délire qui meurtrit, douloureux, accident, maladie du langage qui figure une maladie sociale, un malaise dans la civilisation : « On a des chiffres pour à peu près tout et d'autres chiffres encore pour s'occuper des chiffres. »
Fracture, déroute, torrent d'une langue qui s'engouffre dans le délire, la rupture, jusqu'à la métamorphose.