& Littérature


Migrante est ma demeure
Migrante est ma demeure
Traduit du same du Nord
par M.M. Jocelyne Fernandez-Vest

Date de parution : 2008
ISBN : 9782916329116
16,5 x 23,5 cm
352 pages
29 €


Composée de trois recueils édités initialement aux couleurs de la Laponie, la trilogie de Nils-Aslak Valkeapää, Migrante est ma demeure, s'ouvre sur le livre jaune qui plante le décor, égrène la fuite des saisons (« Les nuits de printemps si claires »); puis, le livre bleu, vibrant hommage aux Sames d'antan, brosse une civilisation de l'éphémère (« Chante gazouille Grelots-des-Neiges »); le livre rouge, enfin, élargit l'univers spirituel à d'autres populations autochtones («  Une source aux veinules d'argent »). Avec un parti pris affirmé de naturel et de simplicité dans les thèmes et le style, imperceptiblement, ténu mais tenace comme le joïk, s'élève un hymne à la différence.
Une différence dont la poésie de Nils-Aslak Valkeapää déploie au fil des pages la riche palette, avec un jeu subtil qui mêle inlassablement subjectif et objectif, mais dont la ligne de force est un message de paix et d'espoir : « Protéger la vie et tout ce qui vit »…
Cette poésie porte en elle toutes les contradictions d'une civilisation qui, contrainte de chercher un second souffle, souhaite ancrer dans la modernité ses valeurs ancestrales. Quête sans concessions sur les principes où le ton est incidemment celui de l'ironie à l'égard du « noble seigneur blanc » qui, non content de profiter d'une hospitalité généreuse, a « tout pris et tout détruit ».
Penseur des steppes venteuses et des longues nuits d'hiver, Valkeapää sait qu'une culture menacée doit avoir le courage de ses convictions. L'union sacrée avec les Indiens et les Inuits, une solidarité sans failles avec les  « frères et sœurs » du Quart monde (dont Valkeapää fut le coordinateur dans un Conseil mondial) seront donc proclamées. Mais comment, sans refuser le progrès, s'arracher à l'hypnotisme des technologies ?
Le défilé du panthéon païen jouxte ici l'angoisse du néant. Hanté jusqu'à l'obsession par les visions et les voix d'un nomadisme révolu, le poète n'envisage d'autre avenir que la « migration avec le vent » , compagnon volatil mais fidèle, symbole avec le joïk d'un patrimoine évanescent. Mais dans cette migration, à la foi désuète et d'une brûlante actualité, reflet des préoccupations de son temps et de son peuple, le poète reste libre de se réfugier dans l'imaginaire.
Aussi, vigueur de l'image et fraîcheur du ton, solidement étayé des illustrations de l'auteur et de la partition de Pehr Henrik Nordgren qui honorent la tradition orale sur laquelle l'œuvre repose, ne pourront-ils qu'accomplir leur mission : ensorceler le lecteur incrédule par la fulgurante magie d'une ode à la fraternité, à l'amour, à la vie.